Incubus

I    

 

La cendre au bout de la cigarette tomba sur le béton. Lorsqu’elle atteignit lentement le sol, elle se fractura en trois petites parts qui s’envolèrent avec une brise légère. Le ciel avait cette couleur d’un dimanche matin froid. Sous son bleu pâle, le début de l’automne avait commencé à brunir les feuilles des chênes. La rue baignait dans le silence des premières heures qu’un bruit de pas venait occasionnellement briser.

Intrigué, Mathias tournait alors la tête pour en observer la source, puis, il méditait, pensif, sur les raisons de la présence de l’inconnu à une heure si précoce. Peut-être commençait-il à travailler tôt ou alors rentrait-il d’une longue soirée.

Il fixa des yeux une silhouette qui l’intrigua tout particulièrement. L’homme était vêtu d’un manteau noir dont le bas laissait entrevoir un pantalon de pyjama. Pour parfaire cet aspect somnambulesque, il portait des chaussons aux pieds. Les épaules affaissées, l’inconnu marchait comme s’il était guidé, inconscient de chacun de ses pas. Au bout d’un certain temps, il sembla sentir le poids du regard de Mathias sur lui et tourna donc la tête dans sa direction.

Mathias aperçut son visage.

Celui-ci paraissait relâché. En plus des poches sous les yeux et de l’air hagard, l’homme avait cette caractéristique physique propre à l’état de fatigue qui était de ressortir très légèrement les lèvres.

A la vue de l’étranger, Mathias se sentit réconforté. Quelqu’un d’autre était peut être dehors pour les mêmes raisons que lui, il n’était maintenant plus le seul à avoir été mis en échec par son sommeil.

 

Mathias se tourna vers Julie pour attirer son attention sur l’inconnu avant que celui-ci ne disparaisse au tournant de la rue.

Il se rendit compte qu’elle dormait, couchée sur son avant-bras.

Il resta silencieux.

Après quelques secondes, voyant le serveur approcher, il lui murmura le plus doucement possible :

« Julie, que veux-tu boire?

-Un jus de tomate » répondit celle-ci en relevant la tête.

Mathias s’étonna du choix. Il ne prit toutefois pas la peine de demander des explications.

-Un café s’il vous plaît » demanda t-il au serveur.

Il sortit son paquet de cigarette de sa poche.

-Non s’il te plaît » interrompit Julie en posant sa main sur la sienne.

Il soupira et rangea le paquet, puis, il resta silencieux pendant quelques secondes.

« Je suis désolé, je ne sais pas ce que j’ai en ce moment » dit-il enfin, en évitant le regard de Julie.

-Je t’ai dit qu’on traverserait ça ensemble. »

Julie se frottait les yeux.

Le serveur déposa la bouteille de jus de tomate, un verre vide et la tasse sur la table. Il essaya ensuite de déplacer la tasse de café sur une serviette qu’il avait déposé auparavant mais celle-ci s’envola avec un léger coup de vent.

« Excusez moi » murmura t-il.

Mathias sourit et d’un geste de la main, il lui fit comprendre que la serviette n’était pas nécessaire. Il commença ensuite à siroter très légèrement son café, afin d’en vérifier la température.

« Comment en est-on arrivés là ? demanda t-il à Julie, en la regardant cette fois-ci droit dans les yeux.

-Et bien…

-Il est six heures du matin, interrompit t-il, et je n’ai pas dormi de la nuit. C’est tout de même inquiétant non ?

-Mais non, soupira Julie, on a déjà parlé de tout ça, plus tu en fais une montagne moins tu arriveras à te détendre et moins tu trouveras le sommeil, tu te souviens ? »

Mathias se rongeait les ongles.

« Je ne parle pas de ça, soupira t-il, je parle du fait qu’on se retrouve à sept heures du matin dans un café. Comment est-ce qu’on est arrivés là?

-Ça va avec, moins tu arrives à dormir, plus tu as peur de ne pas arriver à dormir, Julie but une gorgée de jus de tomate, et plus tu as peur de ne pas arriver à dormir, plus tu essaies de trouver des remèdes pour ne plus y penser. Avec le temps, les remèdes deviennent de plus en plus radicaux. »

Un silence suivit, Julie sembla essayer de se rappeler de quelque chose.

« Tu te souviens au début ? dit-elle, tu te contentais de te lever pour regarder un film ou une série et tu rendormais très bien après. Tu te souviens ?

Mathias acquiesça. Il trempa à nouveau ses lèvres dans le café.

« Tu te souviens?

-Oui, je m’en souviens.

-Moi je ne pense pas.

-Tu ne penses pas quoi ?

-Je n’ai pas répondu à ta question.

Un silence suivit.

-De quelle question tu parles ? demanda Mathias.

-Quel était ta question ? demanda à son tour Julie.

-Ben je t’ai demandé pourquoi je n’arrivais pas à dormir et tu m’as répondu, répondit-il.

-Non, tu m’as demandé comment on était arrivés là.

-Et ben, tu m’as répondu non ? On va pas y passer la journée si ? ajouta t-il en adoptant un ton plus agressif.

-Alors, tu te souviens de comment on est arrivés là ?

-Mais là où ? cria t-il avec énervement.

-Au café ».

Mathias voulut réduire Julie au silence, cette conversation l’énervait. Il n’avait pas la patience, surtout à six heures du matin, d’entrer dans ce jeu-là. Il pensa à une formulation tranchante pour répondre à sa question et terminer ce dialogue sans fin. En réfléchissant, il se rendit néanmoins compte qu’il n’avait en fait aucune réponse.

 

Il n’arrivait pas à se rappeler du chemin qu’ils avaient pris pour arriver jusqu’ici.

Il resta muet. Sa colère laissa progressivement la place à la perplexité.

Ses yeux se dirigèrent sur le verre de jus de tomate.

Ca aussi c’est curieux, songea t-il, qui commande un jus de tomate à six heures du matin ?

En prenant du recul, il réalisa qu’au fond, rien de ce qui s’était passé depuis qu’il était réveillé ne lui paraissait familier. Le jus de tomate, Julie, il regarda autour de lui, les arbres, la rue, le ciel, les bâtiments ; tout avait l’air d’appartenir à l’endroit où il était mais c’était comme si ce même endroit lui était totalement étranger.

« Comment est-ce qu’on est arrivés là ? » demanda t-il à Julie.

Elle ne répondit pas. Elle le regarda avec une expression figée. Un peu de jus de tomate coula du coin de ses lèvres.

« Tu as du jus là » lui dit-il, en pointant le coin de ses lèvres à lui.

Aucune réponse.

« Julie ? »

Elle ne réagit pas. Elle continua de le fixer avec la même attitude passive. Mathias baissa les yeux et réalisa soudainement que la bouteille de jus de tomate était toujours fermée.

Le visage en face de lui saignait.

Paniqué, il voulut crier mais aucun son ne sortit. Il reprit tout l’air qu’il pouvait et contracta tous ses muscles afin de mieux hurler.

 

Il ouvrit les yeux et vit le plafond de sa chambre.

 

 

II

 

Allongé sur son lit, Mathias rêvait. Julie dormait toujours, la tête tournée de l’autre côté et la respiration profonde et continue. Il devinait à l’allure du ciel dehors que le matin était arrivé. Après avoir vérifié l’heure sur son téléphone, il comprit qu’il n’arriverait plus à dormir et décida donc de se lever. Il arriva sur le palier de la porte et se retourna vers Julie. Il se surprit de ne pas l’avoir embrassée en sortant du lit. Quelques mois plutôt, il lui posait quotidiennement un baiser sur la joue avant de se lever.

Cette fois-ci, le réveil avait été brutal. Pour se changer les idées, Mathias décida d’aller chercher des croissants et des pains au chocolat pour préparer à Julie un petit-déjeuner au lit. Il s’habilla très rapidement avec un vieux jean et un pull à capuche, prit les clefs sur la table du salon et ferma délicatement la porte en sortant. L’ascenseur lui donna l’étrange impression d’aller plus vite que d’habitude. A peine était-il entré que les portes s’ouvraient à nouveau pour le faire accéder au rez-de-chaussée.

Il se dit qu’il était probablement encore un peu endormi. Il ouvrit les grilles et sortit de son hall. Il prit son vélo pour aller à la boulangerie, celle-ci étant quelque peu éloignée. Il commença à pédaler avec une aisance qui le surprit et se demanda si dormir moins ne l’aidait pas, au final, à être plus réveillé. Dix minutes plus tard seulement, il arriva au pont qu’il devait traverser pour atteindre la boulangerie juste de l’autre côté.

 

Le pont était incliné, il lui était donc difficile de rouler confortablement. Le mouvement de ses cuisses devint rapidement laborieux. Il pédala avec peine jusqu’à la fin de la montée. Une fois celle-ci terminée, il laissa ensuite aller le vélo pour la redescente. Etrangement néanmoins, il ne prit pas de vitesse. Même en descente, ce fut comme s’il était en montée. Il recommença à pédaler.

Très vite, il comprit que quelque chose n’allait pas. Il pédalait de plus en plus et avançait de moins en moins. Il rétrograda plusieurs fois et vérifia ses freins. Rien. C’était comme si la gravité s’était inexplicablement amplifiée.

Même si la boulangerie était à moins de vingt mètres, il ne voulut pas descendre pour pousser le vélo. Il préféra rester assis quitte à dépenser une énergie considérable pour pédaler. Il devait comprendre.

 

Tandis qu’il forçait sur les pédales, il vit le pont bouger.

Soudainement, il lui sembla se tordre.

Après quelques secondes, ça recommençait. Le pont parut se soulever. Il commença alors à paniquer. Il comprit que si la structure se brisait maintenant, il tomberait à l’eau et serait noyé sous les débris. La seule manière d’y échapper était d’arriver le plus rapidement possible de l’autre côté.

 

Il voulut abandonner le vélo et continuer à pied. Il hésita quelques secondes et finit par se rasseoir. L’effondrement du pont était une épreuve. Renoncer au vélo signifiait abandonner. Il percevait cette situation comme un test. Il devait traverser à deux roues ou ne pas traverser du tout. Telle était sa destinée. Il fixa son regard sur ses jambes et se força à pédaler le plus vite possible. Dès lors, plus rien d’autre ne compta, ni l’effroi ni l’angoisse. Une chose prédomina: pédaler.

Pour autant, même avec toute l’adrénaline possible, il ne réussit pas à accélérer. Il s’épuisa après une dizaine de seconde et quelques mètres parcourus seulement. Ne respirant presque alors plus, il s’arrêta.

Il reprit son souffle et se rendit compte que les secousses s’étaient arrêtées. Il releva les yeux en direction du bout du pont.

Il sursauta.

Il était en train de reculer.

 

Il ne contrôlait plus le vélo. Celui-ci roulait tout seul, dans le sens inverse. En quelques secondes, il remonta le pont. Il s’accrocha au guidon par peur de tomber. Il comprit très rapidement qu’il faisait en fait le même itinéraire qu’il avait pris pour venir jusque-là, mais dans l’autre sens. Plus inquiétant encore, la rapidité avec laquelle il reculait croissait à chaque seconde. Plus les secondes passaient, plus celle-ci augmentait. Après un moment, il ne put même plus observer les bâtiments autour pour mieux se situer.

La vitesse augmenta encore. Elle commença à lui devenir insupportable. Il n’arrivait presque plus à ouvrir les yeux. Il espéra s’arrêter devant chez lui. Là où tout avait commencé. Il douta toutefois d’y arriver sain et sauf. La célérité était devenue telle qu’il sentait progressivement son corps le lâcher. Ses yeux restèrent fermés. Il allait bientôt s’évanouir. Il pensa aux individus qui tombent de plusieurs centaines de mètres et qui meurent d’une crise cardiaque ou d’asphyxie avant de toucher le sol. Allait-il subir le même sort qu’eux ? Allait-il s’évanouir puis mourir lui aussi, sans même s’en rendre compte ?

Il sursauta. Il secoua la tête et se força à retrouver sa conscience. Il essaya d’ouvrir les yeux sans succès. Il ne s’évanouirait pas, il ne renoncerait pas avant d’être arrivé chez lui, il s’accrocherait tant qu’il le pourrait jusqu’à arriver à destination.

Dès qu’il décida de tenir bon, il sentit le vélo ralentir puis s’arrêter.

 

Il décrocha lentement ses paupières l’une de l’autre.

Il était devant chez lui.

Il soupira de soulagement et sentit à nouveau ses forces le quitter. Ses paupières se fermèrent délicatement, puis, ses yeux eux même parurent l’abandonner. Il se rendit compte qu’il voyait au delà même de son corps, comme par l’intermédiaire d’une caméra.

Intrigué, il dirigea son regard vers son corps à lui, le corps qu’il croyait avoir laissé derrière lui.

Il remarqua alors que ce n’était pas lui qu’il regardait.

Ce n’était pas lui sur le vélo.

 

C’était elle.

 

 

III

 

« Si qui avait fait comme toi ? »

Julie le regardait, allongée sur le côté. Il n’avait pas bougé du lit.

« Quoi ? dit Mathias, se réveillant brutalement, le corps tremblotant et le cœur battant.

-Calme-toi, tout va bien »

Julie lui tendit un verre d’eau.

« Tu as dit ‘Si seulement elle avait fait comme moi’, de qui tu parlais ?

-Je dormais ?

-Oui. »

Il ressentit le besoin de vérifier qu’il était cette fois-ci bien éveillé. Sans réfléchir, il se jeta l’intégralité de l’eau du verre au visage.

« Mais qu’est-ce qui te prend ? ».

Julie s’était écartée de la trajectoire.

Il ne répondit pas. Il la regarda d’un air étonné et simplet. Face au visage bête et mouillé, Julie ne put s’empêcher de rire. Il se mit à rire lui aussi. Il pensa que de cette façon au moins, il n’aurait pas d’explications à donner.

Julie et Mathias se levèrent tous les deux en même temps. Ayant dormi les volets fermés, ils ne remarquèrent l’heure qu’en s’installant devant la télévision du salon.

« Midi ! Déjà ! » hurla Julie.

 

L’écran montrait une émission de cuisine à laquelle aucun des deux ne prêtait vraiment attention.

Julie considérait d’autant moins la télévision qu’autre chose semblait la préoccuper. Mathias le voyait à sa respiration. Lorsqu’elle était tourmentée, elle avait l’air de peiner un peu pour expirer, comme si elle devait contracter son corps pour garder ce qu’elle pensait pour elle.

« Ca va ? tenta Mathias, d’un ton hasardeux.

-Tu parlais de qui dans ton rêve ? dit-elle précipitamment, comme si les mots n’attendaient plus qu’un feu vert pour sortir d’elle.

-Hein ?

-Oui, tu as dit : ‘Si seulement elle avait fait comme moi’ de qui tu parlais ? »

Il fronça les sourcils et réfléchit. Etant incapable de retrouver le souvenir, il ne put répondre. Il se contenta de lever les sourcils et de hocher la tête de gauche à droite.

-De quoi rêvais-tu alors ? » demanda Julie, maintenant agacée.

Il n’en avait aucune idée non plus. Il avait pour habitude de se rappeler de ses rêves mais celui-ci lui avait totalement échappé. Peut-être était-ce la brutalité du réveil ou le verre d’eau au visage, dans tous les cas, il n’avait plus aucune idée de ce qui l’avait perturbé quelques dizaines de minutes plus tôt.

« Je suis sûre que tu rêvais d’une autre fille »  dit nerveusement Julie.

Comprenant la nature de l’anxiété de sa petite amie, Mathias la prit dans ses bras. Il tenta en même temps de se rappeler de son rêve. Il se rendit néanmoins rapidement compte qu’il n’arriverait à rien et décida donc d’abandonner une fois pour toutes. Il se contenta de serrer Julie dans ses bras et de la câliner pour la rassurer. Son regard jusqu’alors évasif, se concentra sur la télévision. Une des présentatrices de l’émission de cuisine argumentait sur les bienfaits de l’été « pour manger à l’extérieur ».

Il se tourna vers Julie et lui proposa d’aller faire quelques courses en vue de pique-niquer au grand parc à côté de chez eux. Aussi entrainante et enthousiaste qu’était la proposition, Julie, encore vexée de la présence d’une autre dans les rêves de Mathias, ne répondit pas.

Elle se leva tout de même pour se préparer.

 

Quelques dizaines de minutes plus tard, Mathias et Julie arrivèrent devant la caisse avec leurs commissions. Il s’étonna de la présence d’une nouvelle caissière. Le personnel de l’épicerie de son quartier était le même depuis des années. Après avoir remercié l’inconnue avec une légère compassion dans le regard, il prit le sac de courses d’une main, saisit celle de Julie de l’autre et sortit du magasin.

En marchant en direction du parc, le regard de Julie sembla s’adoucir, elle s’arrêta sur le chemin et serra Mathias dans ses bras.

 

Une fois arrivé, il fut frappé par le silence qui régnait. Le parc était presque entièrement vide.

Il marcha, sa main dans celle de Julie, pour trouver un endroit où s’asseoir. Elle paraissait heureuse d’être là, de partager ce moment dont ils avaient non seulement besoin mais également envie. Pour une fois, il trouva que tout s’était parfaitement déroulé.

Ils découvrirent rapidement un endroit idéal, exposé au soleil d’un côté et protégé de l’ombre par le feuillage d’un arbre de l’autre. Ils marchèrent en direction du lieu.

Mathias aperçut une silhouette au loin. Elle aussi cheminait, s’éloignant très lentement, bien derrière l’endroit qu’ils visaient.

 

Sans comprendre pourquoi, à la vue du dos de l’inconnue, il se souvint de ses deux rêves. Il saisit Julie par le bras et marcha en direction de l’étrangère.

« Qu’est-ce que tu fais ? » lui demanda t-elle.

Il ne répondit pas, il ne le savait pas lui même.

Malgré le bruit de leur pas et le fracas que provoquaient leurs mouvements sur le sac de courses, l’inconnue ne se retourna pas.

Plus ils s’approchaient, plus les scènes de ses rêves lui revinrent à l’esprit. Il vit le visage dont un filet rouge coulait des lèvres et se rappela de la silhouette sur le vélo. Ce fut comme si cet être mystérieux lui faisait retrouver la mémoire.

 

Lorsqu’ils arrivèrent à la hauteur de l’inconnue, il sentit sa main doucement se libérer de l’étreinte de celle de Julie.

Il tourna la tête pour regarder sa petite amie et vit, sans réellement s’en inquiéter, qu’elle avait disparu. Libéré, il continua à marcher vers l’inconnue. Une fois qu’il l’eut dépassée, il se retourna pour l’observer.

C’était elle, c’était Julie.

Son visage changea rapidement, l’arrière de sa tête remplaça l’avant. Il voyait maintenant le corps de face et le crâne de dos. Plus tard, il comprit que, comme sur le vélo, il était en train de reculer, de quitter son rêve, de quitter Julie.

 

Dans un dernier effort pour se rapprocher de la nouvelle Julie, il leva péniblement sa main pour tenter d’attraper la sienne.

Il ne réussit pas à la saisir.

C’était trop tard.

Elle, elle s’éloignait déjà, et lui, était encore une fois happé par son appartement, par son réveil, par son infaillible réalité.

 

Julie était morte d’un accident de vélo, un an plus tôt.

 

Jadd Hilal

 

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