Poker

Ernest s’assit sur un des quatre fauteuils. Il prit ses cartes.

Fowles posa les siennes faces cachées et baissa délicatement son chapeau sur son visage.

Bradshaw leva les yeux du cendrier sur lequel il tapotait la cendre de son cigare.

La partie commença.

Les cinq premiers jetons de dix frappèrent la table en triolet. Ernest jeta le premier, les deux de Fowles suivirent puis ceux de Bradshaw. Pour compléter, Ernest lança son deuxième jeton qui vint claquer contre les cinq autres, au milieu de la table.

Un silence suivit.

Fowles posa sa main sur le paquet de cartes et leva les yeux. Il chercha du regard l’approbation des autres. Ernest et Bradshaw hochèrent légèrement de la tête. Il coinça alors son cigare au coin droit de ses lèvres et tira six cartes dont il brûla alternativement trois.

Un épais nuage de fumée envahissait la table du côté de Bradshaw.

 

Ernest posa délicatement un jeton de vingt sur lequel il garda son doigt le temps de réfléchir. Il resta un moment dans cette position. Après quelques secondes, il souleva son index. Fowles suivit immédiatement la mise. Il lança un regard, de biais, en direction de Bradshaw dont les traits du visage s’estompaient de plus en plus derrière le brouillard de fumée. Il le vit se redresser, pincer des doigts deux jetons de vingt et les poser au centre de la table.

Fowles laissa échapper un sourire en coin. Il releva son chapeau et se tourna vers Ernest.

« Alors ? » lui murmura t-il.

Ernest posa un deuxième jeton de vingt en guise de réponse. Presque instantanément, Fowles posa le sien. Il chercha ensuite le consentement des autres avant de passer au tour suivant. Cette fois-ci, pas même un regard ne lui fut adressé.

Il brûla une carte et en tourna une autre.

 

Bradshaw observait son jeu en soulevant ses cartes par le bas. Il regardait alternativement en direction d’Ernest. Après un certain temps, il le vit répondre à son regard et toquer deux fois sur la table.

Un rire étouffé émana de Fowles. Son visage était caché par le chapeau. Fowles déplaça lentement sa main en direction de ses jetons, il parcourut les différentes sommes en caressant le haut des colonnes. Il s’arrêta devant celle de cinquante. La respiration d’Ernest s’accéléra, il observa les doigts de Fowles pincer un puis deux puis trois jetons. Il le vit ensuite soulever sa pile en l’air et la plaquer avec force contre la table.

Un bruit sourd retentit.

Bradshaw prit une grande respiration. Il tapota plusieurs fois son cigare contre le bord du cendrier. Après quelques secondes, il souleva ses deux cartes et les posa faces cachées au milieu de la table.

Fowles et Ernest se regardèrent.

 

Ernest frappa le premier jeton de cinquante contre la table.

Il en posa ensuite un deuxième qu’il fit claquer contre le premier.

Puis, un troisième.

Toujours caché sous son chapeau, Fowles s’apprêta à dévoiler la dernière carte. Il entendit alors un, puis deux, puis trois, puis quatre, puis cinq bruits similaires au trois premiers.

Il resta figé, la main sur le tas.

Après quelques secondes, il souleva le haut de son chapeau avec son index et regarda en direction du centre de la table. Il vit huit jetons de cinquante. Le coin droit de ses lèvres trembla légèrement.

« Tu es bien sûr de toi mon petit Ernest ? demanda t-il.

-A toi de me le dire »

Fowles compléta la mise et dévoila l’ultime carte.

Ernest toqua deux fois sur la table et attendit, les yeux rivés sur ceux de son adversaire. Celui-ci souleva légèrement son chapeau de manière à se faire bien voir. Il murmura :

« Tapis ».

Le regard d’Ernest se figea.

En retour, celui de Fowles s’anima.

L’analyse commença.

 

Tous deux recherchèrent la moindre faille dans le regard de l’autre. Le plus petit signe suffisait, un changement, une expression, un clignement, n’importe quoi.

Aucun des deux ne perçut le moindre sentiment chez l’autre.

Après quelques secondes, Ernest vit les pupilles de Fowles s’orienter vers une lampe située au plafond, à gauche. Elles revinrent une fraction de seconde plus tard vers les siennes.

Il se laissa tomber en arrière sur sa chaise et s’autorisa un sourire en coin.

Fowles soupira. Lui, se leva et partit.

 

Jadd Hilal

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