Le naufragé

Partie II

1

Il est important ici de raconter une coutume bien spécifique de l’époque. Du temps où cette histoire se déroula, l’homme avait réussi à atteindre la beauté parfaite. Quelques années auparavant, la société parvint à une hégémonie telle que tous s’accordèrent pour la première fois sur la plupart des caractéristiques  physiques. Entre autres, la préoccupation de l’apparence s’étant intensifiée à un point tel, l’humanité se fixa pour but de trouver un moyen de lutter contre l’angoisse permanente de l’apparence. Les hommes décidèrent de chercher un critère unique du beau, une résonnance parfaite entre les physiques de tous.

Bien évidemment, certains problèmes firent ici surface. Pour n’en nommer qu’un, l’âge rendait l’harmonie plus difficile. Néanmoins, à chaque problème sa solution, après quelques mois, il fut décidé que, par tranche de dix ans, par sexe et par couleur de peau; un modèle serait crée.

A mesure que les années passèrent, la pression sociale contribua à faire accepter et adopter le modèle par tous, même par les plus sceptiques. L’humanité évolua dans un sens unique, elle convergea jusqu’à ce que les hommes et les femmes convergent eux aussi pour devenir l’homme et la femme. Une avancée pour revenir à l’origine.

Lorsque la plupart de l’humanité eut néanmoins atteint cette uniformité parfaite, comme toujours, elle chercha autre chose. Nous dirons même plus, elle chercha l’opposé. Il est une loi constante de l’humanité selon laquelle les pensées d’un extrême suscitent toujours les pensées de l’autre, le plus et le moins de la batterie humaine, le moteur. Du temps où cette histoire se déroula, ces extrêmes étaient la beauté d’un côté et le monstrueux de l’autre. Après avoir passé autant d’années à vouloir atteindre cette perfection physique, une fois celle-ci atteinte, l’humanité se lassa. Comme au-dessus d’un puzzle accompli, l’homme détruisit son œuvre afin de tout recommencer. Mais pour recommencer, il fallait détruire.

De là le monstrueux.

Une branche de la science se développa: « la chirurgie contre-esthétique ». Au départ, le concept passa pour une aberration, il était proprement et éthiquement hors de question de toucher à un modèle qui avait demandé tant de labeur pour atteindre la perfection. Néanmoins et parfois, pour qu’une philosophie meure, il suffit que les idées de tous changent. Dans certaines communautés, la beauté n’intéressait plus.

Alors, le règne de la monstruosité commença.

Progressivement, certaines rumeurs se perdirent. On discutait d’un phénomène montant, une nouvelle mode qui serait pratiquée dans certains endroits élitistes. A mesure que le temps passait, les rumeurs prenaient la forme de mots. On racontait ce qu’on avait vu, ce qu’on avait entendu. Les mots « expériences », « science », « monstre » parcouraient les chuchotements de tous. Bientôt, certaines fenêtres se fermaient, certains gardes apparaissaient devant les maisons chiques. On pouvait entendre, au détour d’une rue, un bruit d’applaudissements et de cris. Un jour, un homme s’exclama au milieu d’un marché: « Ils prennent nos enfants, les défigurent et en font un spectacle! ». L’homme fut traité de fou avant d’être presque instantanément emporté par une voiture noire arrivée étrangement vite.

Aussi fou qu’il pouvait être, il faut concéder qu’un étrange phénomène faisait bel et bien surface à l’époque: les enfants disparaissaient. Dans certaines familles pauvres, l’enfant en bas âge ne revenait très souvent pas de l’école, son lit pouvait même d’ailleurs être vide à l’heure du réveil.

Les enfants étaient enlevés.

Par qui? Par quoi? Nul ne le savait.

Pour autant, les préoccupations se multiplièrent. Les hommes parlaient de plus en plus entre eux. Au coin d’un café lugubre, un boulanger chuchota à un autre que pas plus tard qu’hier, il avait vu un enfant enfermé dans un bocal. Le garçon passait en titubant devant son magasin et quelques secondes plus tard, un attroupement d’hommes habillés tout en noir le suivit.

A mesure que les mois passaient, l’étrange phénomène s’élargit. Certaines salles de théâtre furent fermées au public bien qu’un spectacle se joua à l’intérieur, certaines réceptions prestigieuses tirèrent leur rideaux tout en laissant deviner quelques ombres questionnables, certains sous-sol restèrent illuminés jusqu’aux heures les plus tardives. Bientôt, au sein des inquiétudes de tous, un doute se confirma : quelque chose se passait et ce quelque chose était d’une horreur telle qu’il était caché.

Un jour, un fait clarifia néanmoins considérablement le mystère. Un dimanche après-midi, pendant que l’on se promenait ou qu’on discutait autour d’un café dans la place principale de la ville, un enfant sortit en courant d’une ruelle sombre. Au départ, personne ne le remarqua. L’enfant se précipita au sommet de la fontaine de la place, sortit le magnétophone qu’il avait attaché à son dos et cria:

« Regardez-moi! »

Les passants les plus proches se retournèrent alors directement et poussèrent des cris d’horreur. Les voix particulièrement stridentes d’un groupe d’adolescentes rapprochèrent très vite certains curieux de la fontaine. A leur tour, ces derniers semblèrent être saisi d’une torpeur à la vue du garçon. Certains s’enfuirent, d’autres tombèrent à genoux, d’autres encore crièrent d’une voix étouffée.

« Aujourd’hui, je suis venu témoigner de ce dont vous vous doutez tous » continua l’enfant, nous sommes bel et bien enlevés pour subir des expériences scientifiques. On nous déforme, nous retourne, nous rapetisse, on prend nos yeux, on les donne aux autres, on joue avec nos cordes vocales, on nous inverse des membres et bien souvent, on nous tue. Mais! Aussi horrible que ce soit! Ce n’est pas le pire! ».

Toute la place s’était maintenant rassemblée autour de la fontaine. Tous écoutaient sans pour autant oser regarder l’enfant horriblement déformé dans les yeux.

« Le pire dans tout ça, c’est que certaines personnes paient pour voir! » termina le garçon, en pointant des hommes vêtus intégralement de noir, à l’autre bout de la place.

La foule se tourna rapidement vers le petit groupe. Puis, frappée par une colère telle face à la révélation de ce dont tout le monde se doutait depuis autant de mois, elle se précipita vers les hommes en noir d’une manière telle qu’elle sembla vouloir les piétiner. A la tête de la foule, étaient les nombreux parents de certains enfants disparus à jamais.

Après le massacre du groupe par la foule, un homme en noir avoua l’endroit où était caché leur chef. La police arriva sur le lieu un quart d’heure plus tard et le lendemain, le dirigeant, un homme chauve et rasé de près, fut questionné. Il avoua le but de sa communauté et en donna le nom. Il faisait parti des « Freaks » dont le travail était effectivement de transformer, par la chirurgie, les enfants, afin de les rendre les plus horribles et donc les plus divertissants possible. Lorsqu’on lui fit comprendre que ses agissements touchaient à sa fin, l’homme sourit et dit: « Vous croyez que nous sommes les seuls? »

Une semaine après que l’homme soit jeté en prison. Le roi passa une loi sur l’interdiction de modifications physiques quelconques sur les enfants, il instaura également une récompense considérable auquel cas quelqu’un dénoncerait un « Freak » ou équivalent.

Très rapidement, la communauté s’effaça. Pour autant, afin de disparaitre, ils ne pouvaient pas se contenter de relâcher les enfants. S’ils restaient, ils s’exposaient au risque presque inévitable d’être dénoncés par les enfants délivrés. Ils devaient partir.

Dix pourcent de la population disparu.

Les communautés s’exilèrent en abandonnant les enfants dans les lieux les plus éloignés de l’humanité. En soit et dans une certaine mesure, c’était une preuve d’humanité. Il aurait été très facile de les tuer (même si la plupart moururent très rapidement), pour autant, à quelques exceptions, rien de tel ne fut accompli. Aussi monstrueuse qu’eut été la chirurgie contre-esthétique, une question profondément humaine fut alors posée:

Le réel monstrueux venait t-il vraiment de là?

Le roi en reçut la réponse lorsqu’il demanda, avant son incarcération, au chirurgien des Freaks:

« Vous n’avez pas honte? »

Et que ce dernier lui répondit:

« Ce n’est pas moi qui paie pour voir ça. »

2

Comme par réflexe, Alexandre se jeta dans un buisson pour se cacher. Il se mit alors à genoux et tendit l’oreille afin de vérifier s’il était repéré ou non.

Il attendit.

Après quelques secondes de silence, il entendit un bruit de pas s’intensifier. Le son se clarifia jusqu’à ce que l’inconnue se retrouve en face de lui, à quelques mètres du buisson. La position de la petite fille lui donna, à ce moment, un angle tel qu’Alexandre était totalement à découvert. Face au regard qui se tournait dangereusement dans sa direction, le garçon ressentit une émotion si intense qu’il retint sa respiration.

Elle le vit.

L’inconnue le regardait de ses yeux bleus et lui, la fixait de son regard vide.

Elle le regardait sans pourtant paraitre le voir.

Soudainement, elle se retourna et revint sur ses pas. Alexandre resta figé.

Les rares fois où le garçon avait croisé un être humain sur sa route s’étaient toutes soldées par une réaction de terreur puis, de fuite chez l’inconnu. De plus, face au physique effroyable d’Alexandre, des insultes accompagnaient en général les réactions. Cette fois, rien de tout cela. La petite fille l’avait regardé, était restée calme et avait reprit normalement son chemin.

Etonné par l’attitude de cette silhouette qu’il ne quittait à présent plus du regard, Alexandre attendit que celle-ci se soit suffisamment éloignée avant d’expirer.

A ce moment, au loin, la petite fille se retourna subitement.

Elle resta sans bouger durant quelques secondes avant de se précipiter furieusement dans sa direction. Cette fois-ci, Alexandre n’eut même pas le temps de chercher un meilleur endroit pour se cacher. Il se contenta de regarder, tétanisé, l’étrangère s’approcher de lui à toute vitesse. Elle arriva juste en face de lui et se mit à genoux, puis, elle déplaça les branches du buisson d’une main avant de se retrouver nez à nez avec Alexandre. Lui, était toujours figé, il ne respirait à nouveau plus. Il baissa la tête de peur de l’effrayer. Doucement, il entendit alors les lèvres en face de lui lentement se détacher l’une de l’autre.

La voix allait sortir.

Une voix dont le timbre raisonnerait faiblement mais avec détermination, entre le murmure et le discours. Un son qui aurait quelque chose de céleste. Comme si la voix du ciel en personne se serait égarée dans le corps frêle d’une créature humaine.

Avant de l’entendre, une idée éphémère lui traversa l’esprit et lui délivra un message qu’il oublia aussitôt. Ce message lui disait que quelque chose de fondamental le liait à l’être en face de lui.

« Il y’a quelqu’un? » demanda doucement l’inconnue.

Alexandre leva alors lentement le regard et fixa, dérouté, les pupilles bleue.

Pendant une fraction de seconde, il se reconnut en elle.

Le blanc de ses yeux se superposa au bleu des siens.

Elle avait ses yeux.

A suivre…

Jadd Hilal

La fabuleuse invention de M. Lopique

Au moment où le « Flying city » prit son envol pour la première fois, M. Lopique tremblait d’excitation. Après tant d’années, la machine de ses rêves allait enfin être révélée au monde entier.

La rue piétonne de Saint Simon était méconnaissable, toute la région s’était précipitée pour assister à l’avènement de l’invention et des visiteurs venus de régions plus exotiques les unes que les autres s’intégraient à la foule éparse que M. Lopique avait en face de lui. Le regard des scientifiques se portait sur le moteur de la machine afin d’en comprendre les mécanismes, les journalistes se disséminaient dans les quatre coins de la place pour saisir le Flying City sous son meilleur angle, les marchands discutaient entre eux des possibilités économiques d’une telle machine dans l’avenir et les ouvriers débattaient fièrement sur le type d’outils qui avait pu être utilisé dans la conception. Juste derrière les barrières séparant le public de M. Lopique et de sa machine, un attroupement d’enfants curieux s’était composé, ils levaient les yeux, songeurs, en direction de l’immense ensemble mécanique. Toute cette foule faisait résonner une clameur enivrante dans laquelle des formidables cris d’impatience se faisaient entendre dans un endroit avant d’être partagés par l’ensemble. Bientôt, les conversations se perdirent au milieu des applaudissements, des cris et des sifflements de la foule impatiente.

En face de cette cacophonie, M. Lopique se tenait debout, il regardait autour de lui avec un sourire fier et paraissait évaluer son succès, ému à l’idée d’être finalement récompensé après tant d’années de travail.

 

Après s’être incliné plusieurs fois, il se tourna lentement vers le ruban rouge afin d’inaugurer la machine. Sous les applaudissements et les cris incessants, il approcha le ciseau pour couper.

Aussitôt, il n’entendit plus aucun bruit.

Le silence se matérialisa si subitement qu’il dut regarder derrière lui d’inquiétude. Ce faisant, il vit des milliers de pupilles l’observer en retour, avec attention. Personne ne sembla oser le moindre geste, tous ces inconnus, aussi nombreux qu’ils étaient, parurent s’être gelés sur place.

M. Lopique se tourna à nouveau vers le ruban, il prit une grande respiration, glissa le bas du ciseau sur le tissu et coupa.

Aussitôt, la machine fit entendre un fracas phénoménal. Chacun des rouages se mit progressivement en marche et des bruits assourdissants de vapeur retentirent à divers endroits du sol. Ceux-ci furent ensuite relayés par un son plus grave et plus constant, comme un vrombissement géant.

En parallèle à ce formidable concert mécanique, le sol commença à légèrement trembler et l’inquiétude se fit bientôt ressentir au sein de la foule. Certains enfants s’agrippèrent aux jupes de leur mères et quelques visages se tournèrent de gauche et de droite pour chercher le regard d’un voisin. Un homme, en particulier, parut assez nerveux, il s’était légèrement avancé et semblait, de part sa gestuelle, avoir l’intention d’interpeller M. Lopique pour descendre de la plateforme. Juste avant que cela ne se produise néanmoins, la machine décolla.

Les câbles tout autour du Flying city se détachèrent un à un et les dizaines de ballons géants se gonflèrent rapidement au dessus de la plateforme.

La première ville du ciel s’élevait.

La structure décolla lentement, sûrement. Les applaudissements reprirent de plus belle. Bientôt on recommença à chanter le succès du Flying City et le talent de son inventeur.

 

Après quelques minutes de vol, M. Lopique enclencha un levier pour mettre fin à l’ascension du Flying city qui s’arrêta alors à une centaine de mètres. Une fois que l’ensemble fut stabilisé, on n’entendit plus que le bruit de fond de la machine, un moteur dont le vrombissement constant semblait stabiliser la plateforme en l’air. Un tonnerre d’applaudissement prit néanmoins rapidement le dessus sur ce dernier et, après quelques secondes seulement, plus personne ne sembla s’en soucier.

 

M. Lopique n’était pas surpris de son succès, non seulement l’invention dont le monde entier parlait depuis maintenant quatre années avait fonctionné mais surtout, tous ces individus en avaient été eux mêmes témoins. Ils avaient participés à une première mondiale, une conquête semblable aux premiers pas sur la lune ou sur l’Amérique. Ils étaient ancrés dans l’histoire, on les connaitrait comme les précurseurs du ciel.

 

Prit par l’excitation, un des enfants se précipita vers l’extrémité de la plateforme pour observer le sol. Une fois au bord, il recula légèrement de peur de tomber. Il siffla en direction de ses amis qui le rejoignirent en courant. Rapidement, ce fut au tour des parents inquiets de se lancer à leur poursuite afin de les protéger d’une éventuelle chute. A la vue de l’attroupement, M. Lopique jugea le moment bon pour commencer son discours et ainsi réinstaurer le calme.

Il monta les marches du pupitre qui, une fois atteint, dévoila la petite taille du personnage. Quand M. Lopoque se tourna vers la foule, on ne put effectivement distinguer que le haut de ses épaules et au dessus : un visage aussi rond que les lunettes qu’il portait.

Il tapota, à plusieurs reprises le micro avec le haut de ses doigts afin d’obtenir le silence, puis, il commença :

« Mesdames, Messieurs, déclara t-il, permettez-moi tout d’abord de vous remercier d’être venus aussi nombreux pour le départ du Flying City. »

La première phrase n’était pas parfaitement mesurée, il prit quelques secondes pour chercher un rythme plus dynamique, une élocution qui percuterait au mieux la sensibilité de tous.

« Voilà maintenant quatre années que mon projet parcourt les journaux, la télévision et les discussions, continua t-il en marquant certaines syllabes, aujourd’hui, vous avez pu assister à la concrétisation de cette longue attente. »

Sa voix commença à se stabiliser, il prit de l’assurance et continua :

« Au sein de la foule que j’ai en face de moi, se trouvent des individus venant du monde entier et de professions multiples. Au sein de vous se trouvent des membres phares de la politique et des maillons solides des relations internationales. Entre vous se trouve, mesdames et messieurs, votre président de la République. »

Une légère agitation se fit ressentir dans la foule. La plupart des regards parurent chercher l’individu en question. Au même moment, l’orateur entendit un cri dans son oreillette :

« Bon sang mais que faites-vous Lopique ? Ca devait rester confidentiel ! »

Sans détourner le regard, il enleva lentement l’objet de son oreille, le jeta discrètement au sol et recommença son discours.

« Monsieur le président est effectivement parmi nous. Comme vous pouvez vous en douter, la venue d’un homme si haut placé est d’une rareté exceptionnelle. »

Son expression sembla changer légèrement.

« La venue du président est courageuse, c’est une chance unique de l’avoir. »

Il releva les yeux de son pupitre.

« Et une chance que je prendrai ».

Il porta un regard noir sur la foule. Il avait maintenant, et pour la première fois, une attitude sérieuse, inhabituelle, jurant presque avec son apparence ou tout du moins l’image légère qu’il avait toujours dégagé dans les médias.

Après quelques secondes de silence, il reprit son discours. Sa voix changea, elle devint plus grave et plus saccadée.

« Il y a maintenant beaucoup trop d’années que nous souffrons les caprices et les exigences de cette dictature, il est temps d’arrêter tout cela ».

Dès qu’il eut prononcé ces mots, il vit une dizaine d’hommes habillés entièrement en noir bouger en même temps au sein de la foule. Après quelques secondes, il les vit se rapprocher de lui. Il avait anticipé. Il accéléra légèrement son discours.

« Aujourd’hui, vous êtes venus des quatre coins du monde pour assister à un envol, à un commencement, pour quitter la terre ferme. Néanmoins, pour qu’il y’ait commencement, il doit y avoir fin. Logique n’est-ce pas ? »

Les hommes terminèrent de traverser la foule agitée. Ils s’approchèrent du pupitre.

« Aujourd’hui, vous avez voulu entrer dans l’histoire. Mais pour entrer dans l’histoire, il faut quitter le présent. C’est pourquoi maintenant, vous, nous, reprit-il, nous allons quitter le présent ».

Il prit alors une grande respiration et songea qu’il ne lui restait plus qu’à terminer en beauté.

« Mes chers amis, j’ai bien peur que la seule solution réside dans le sacrifice. Aujourd’hui, nous allons partir. Mais nous ne partirons pas pour rien, nous partirons pour qu’un avenir plus heureux porte nos noms. Nous partirons avec la haine et le mal pour ne laisser que l’amour et l’humanité. Voilà un sacrifice honnête et nécessaire. »

Des cris commencèrent à se faire entendre au sein de la foule. Devant lui, deux hommes en noirs grimpèrent sur la scène, ils coururent dans sa direction. Il glissa sa main sous son pupitre et pressa un bouton.

 

Le bruit de fond de la machine s’arrêta.

 

Jadd Hilal