A bicyclette

« La vie, c’est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l’équilibre »

Albert Einstein

 

A Gérard,

 

I

Pour Michel, faire du vélo c’était comme marcher. L’enfant avait pris l’habitude de ne se déplacer qu’en pédalant. Du haut de son mètre quarante, il ne touchait pas le sol. Mais il ne s’en souciait guère. Il répondait à tous les taquins que la différence de hauteur lui plaisait, qu’elle le rendait plus grand que son âge.

Bien qu’étant jeune, Michel travaillait, il livrait le courrier au village. A Sanasse, on l’avait désigné comme « facteur ». Personne ne se souciait vraiment des titres. Les occupations étaient organisées pour répondre aux besoins, elles ne résultaient pas de conventions ou de progressions sociales. S’il y avait un boulanger, c’était parce qu’il y avait besoin d’un boulanger, s’il y avait un boucher, c’était parce qu’il y avait besoin d’un boucher et au même titre, s’il y avait un facteur, c’était parce qu’il fallait bien que quelqu’un livre le courrier.

Pour Michel, la question du métier ne se posa d’ailleurs même pas. Dès qu’on remarqua son intérêt pour le vélo, on lui attribua la fonction. Au départ, il protesta. Il déclara que pédaler lui suffisait. Mais le maire rendit visite à sa mère et lui expliqua la situation. Dès lors, la négociation ne dura guère longtemps.

« Comment ça ‘non’? » hurla t-elle.

Le maire attendait devant la porte.

« Mais je veux faire du vélo moi, je m’en fous de livrer !

-Hé mon petit, mais tu n’as absolument pas le choix ! Tu vas accepter ce boulot vite fais, c’est moi qui te le dit tiens ! »

Elle le regarda ensuite d’un air dédaigneux.

« Non mais regardez le l’artiste ! ‘Je veux faire du vélo’ ».

Il comprit qu’aucune échappatoire n’était possible. Il accepta.

 

Il commença à livrer le courrier tous les matins entre neuf heures et dix heures. Le maire fit preuve d’une certaine flexibilité après quelques semaines. Il l’autorisa à changer le parcours imposé au départ. Il lui imposa toutefois une contrainte horaire en lui précisant que son nouveau trajet ne devait pas lui prendre plus de temps. Michel redessina son itinéraire. Il projeta de livrer la partie est du village à toute vitesse, puis, à la place d’aller vers l’ouest en traversant le centre comme demandé au départ, il contournerait par la forêt pour revenir de l’autre côté du village. De là, il entreprendrait de retourner vers le centre afin de livrer les dernières lettres. Il songea que de cette manière, il pourrait rouler en forêt et profiter du terrain pour s’exercer à une conduite plus aventureuse.

 

La plupart du temps, il réussissait à livrer le courrier à temps et pour tout le monde. Un jour cependant, tandis qu’il slalomait et dérapait dans les bois, il prit un peu de retard. Ne portant pas grande attention ni au sol ni à sa vitesse, il dérapa et perdit l’équilibre. Il tomba et fit plusieurs tonneaux. En ouvrant les yeux, il vit sa sacoche à côté de lui, elle s’était détachée de la bicyclette. Elle était ouverte et plusieurs lettres s’étaient éparpillées au sol. Il se releva, posa son vélo contre un tronc et revint vers le tas de lettres qu’il regarda avec exaspération. Il se baissa mollement et ramassa les lettres une à une. Pendant l’opération, il trouva une enveloppe particulièrement malmenée par la chute. Elle était déchirée en deux et couverte de terre. Il rapprocha les deux morceaux l’un de l’autre et constata alors qu’elle était destinée à David Rosenblag, le boucher.

Il décida de ne pas la distribuer. Il la rangea dans sa poche, remit les autres dans sa sacoche et reprit sa tournée.

 

Une fois sa journée terminée, il rentra chez lui pour raccommoder la dernière lettre. Il monta dans sa chambre et la posa sur son lit. Il projeta de recoller les deux morceaux de papiers et de les mettre dans une nouvelle enveloppe qu’il poserait chez David Rosenblag dès que possible. Il scotchait les deux bouts quand son regard entra en contact avec un mot.

Le mot mort.

Il ferma la porte de sa chambre à clef, posa les deux morceaux de papier sur son bureau et les rapprocha.

Il lut.

 

‘David,

Alice m’a tout dit. Je sais que vous baisez ensemble depuis six mois. Je t’écris juste pour te dire que tu ne la verras plus jamais, pas parce que je te défends de la voir mais parce que personne ne pourra plus jamais la voir. En guise de preuve, je te laisse regarder dans tes stocks de viande dès que tu liras cette lettre. Et quant à toi, tu ne vas pas tarder à la suivre. Dans deux jours, pas un de moins, pas un de plus, t’es mort’.

 

 

II

 

Il posa lentement la lettre et resta ébahi quelques secondes.

Il prit ensuite les deux morceaux de papier dans les mains, se leva et descendit au salon. Il déambula dans les escaliers, verrouilla la porte de l’entrée, ferma les fenêtres et tira les rideaux. Il fit ensuite un tour sur lui-même pour vérifier, puis, il se dirigea vers la cheminée. Une fois en face du feu, il sortit les morceaux de papier de sa poche et les déplia. Il les rapprocha des flammes jusqu’à ce que le papier entre en contact avec elles. Un doute lui traversa alors l’esprit. Il souffla sur le coin qui brûlait.

Il remit les morceaux de papier dans sa poche et alla s’asseoir sur le fauteuil du salon. Il songea que si la lettre arrivait au boucher, ce dernier pourrait se préparer au danger à venir. Il en déduit qu’il ne fallait pas qu’il brule la lettre. Il se releva.

Un autre scénario lui traversa l’esprit. S’il ne donnait pas la lettre, personne ne saurait rien sur son compte. A part le tueur, personne ne pourrait l’accuser d’avoir mal livré le courrier et si lui l’accusait, il renonçait à son anonymat. L’image des morceaux de viande humaine lui vint à l’esprit. Il frissonna.

Il resta assis encore quelques secondes, n’étant pas arrivé à se décider, il se leva et garda la tête basse. Il remonta les escaliers avec une démarche lente et résignée. Une fois dans sa chambre, il ouvrit son armoire, prit une feuille blanche et recopia le texte de la lettre. Il la rangea ensuite dans une enveloppe qu’il mit sous son oreiller. Il entendit alors la porte d’entrée s’ouvrir en craquant. Sa mère était arrivée.

 

« Ah, le voilà mon petit facteur ! cria t-elle en ouvrant les bras, tu as passé une bonne journée mon chéri ? »

Résolu à ne pas l’inquiéter, il se contenta de dire :

« Oui, oui, rien de spécial ».

 

Le lendemain, à dix heures, il livra le courrier du jour. Depuis son réveil, il redouta le moment où il allait se retrouver face au boucher. Arrivé devant sa vitrine, il posa son vélo, prit une longue respiration et entra.

« Hé ! Le voilà le petit Michel ! » lui hurla aussitôt l’homme grand et gros, au crâne chauve.

Il s’efforça de sourire.

« Quelles bonnes nouvelles tu nous ramènes ?

-Juste une lettre monsieur ».

Il tendit l’enveloppe d’une main tremblante.

-Merci mon petit, je lirai ça plus tard ».

Il se rendit compte que le boucher aurait pu lire la lettre devant lui.

« Pourquoi tu trembles comme ça toi, ta maman va bien ? Tiens ramène-lui ça ».

Il coupa un morceau de viande.

« Non merci monsieur, ma maman va très bien, elle vous salue.

-Prends le ce morceau ! C’est de la côte d’agneau, tu vas te régaler.

-Non merci, on en a la maison.

-Non mais ! »

Le boucher ouvrit les yeux en grand.

« Puisque je te dis de le prendre! »

A contrecœur, il prit la viande dans les mains.

« Tu vois quand tu veux…tiens dis moi, tu te souviens d’Emilie, la femme de Laurent ? »

Il ne put s’empêcher de baisser les yeux sur le morceau de viande.

« Ca fait quelques jours que je l’ai pas vue, pas que ça m’intéresse mais tu l’aurais pas croisée des fois ? »

Il ne répondit pas.

Le boucher lui sourit et lui fit gentiment signe de s’en aller. Michel le regarda longuement dans les yeux, puis, il se recula du comptoir et sortit de la boutique. Il monta ensuite sur son vélo et commença à pédaler.

Il s’arrêta quelques mètres plus loin et pleura.

 

Une heure plus tard, il entendit les sirènes de la police depuis sa chambre.

« Ils ont trouvé les morceaux de viande » dit-il tout haut.

Convaincu de son implication dans le meurtre, il décida de ne pas sortir de chez lui. Il passa le reste de la journée enfermé. A l’exception d’un déplacement vers la salle de bain, il ne sortit d’ailleurs même pas de sa chambre. Vers huit heures, il entendit sa mère rentrer du travail. Pour la première fois de la journée, il descendit au salon.

Dès qu’elle le vit, Angelique se précipita pour le serrer dans ses bras. Il comprit qu’elle était au courant.

« Tu vas bien ? Tout s’est bien passé aujourd’hui ? demanda t-elle inquiète.

-Oui ça va, et toi ?

-Ça va mon Michel, ça va ».

Elle se déplaçait nerveusement.

« Je vais te faire à manger, qu’est ce que tu veux ? » demanda t-elle en se ruant vers la cuisine.

Il la suivit et décida de la tester pour connaître son implication dans l’histoire.

« Le boucher m’a donné un morceau de viande, de la côte d’agneau je crois. On peut manger ça non ? » demanda t-il.

Aussitôt, il vit le visage de sa mère se figer.

« Tu es allé chez le boucher aujourd’hui ? » l’interrogea t-elle en retour.

-Oui, pour livrer le courrier, répondit-il avec un timbre hésitant.

-Et comment il allait ? »

Il baissa les yeux et murmura :

« Bien bien »

Un silence suivit.

« Et si je te préparais plutôt ton plat préféré ? »

En même temps qu’elle posa la question, elle prit le morceau de viande et le jeta à la poubelle. Il comprit qu’elle savait tout.

Après le diner, Angelique accompagna Michel dans sa chambre. Elle ressentit un profond besoin de le rassurer et ce, bien qu’elle ne connaisse pas son implication dans l’histoire. Elle passa près d’une heure à le bercer, à le réconforter et à lui raconter des histoires. Michel s’assoupit au bout de quelques minutes seulement, mais elle continua.

 

Michel se réveilla en sursaut. Il regarda l’heure sur sa montre. Réalisant qu’il était en retard, il sauta de son lit. Aussitôt, il entendit une voix lui crier depuis le salon :

« Reste couché mon chéri, pas de tournée aujourd’hui ».

Il sourit, se coucha sur le côté et referma lentement les yeux.

Tout à coup, il les ouvrit en grand.

« Deux jours » dit-il tout haut.

Il sauta à nouveau de son lit et s’habilla à toute vitesse. Décidé à ne pas informer sa mère, il ouvrit la fenêtre de sa chambre et descendit le long de l’arbre juste à côté de la maison. Arrivé en bas, il prit son vélo et fonça en direction de la boucherie.

Sur place, il vit ce qu’il redoutait.

La boucherie était fermée, les policiers avaient quadrillé la zone. A côté de la boutique, deux ambulanciers transportaient un brancard sur lequel était un corps recouvert d’un drap blanc.

Il s’arrêta et descendit de la bicyclette. Il se rapprocha à pied jusqu’à arriver devant l’entrée. Il entendit alors un policier murmurer à son collègue:

« Empoisonner la viande, c’était pas bête ».

L’autre rit un peu.

« Faudrait quand même vérifier que ce salaud n’ait pas empoisonné des viandes vendues non ? » demanda t-il à son tour.

Michel ne put s’empêcher d’intervenir.

« C’était au boucher qu’il en voulait, pas aux autres » dit-il, l’air distrait.

Les deux policiers se tournèrent immédiatement vers lui, puis, ils se reculèrent de manière à bloquer la porte de la boucherie.

« Reste pas là mon petit, c’est pas pour ton âge ces histoires » dit le plus grand des deux.

Il ne répondit pas. Après un moment, il se retourna et marcha en direction de sa bicyclette. Il crut voir quelque chose bouger dans le bois.

 

Il décida de livrer le courrier, ne serait-ce que pour se changer un peu les idées. Il roula mollement en direction du centre et remonta à la poste pour prendre les lettres du jour. Elles n’étaient pas nombreuses, même s’il était déjà neuf heures et quart. Il ouvrit sa sacoche pour les déposer et remarqua qu’une enveloppe était à l’intérieur.

Intrigué, il la sortit et constata qu’elle était sans adresse et sans expéditeur. Il songea qu’il avait oublié de la livrer la veille. Pour savoir où aller, il l’ouvrit et la lut :

‘Je ne sais pas qui tu es, mais je sais que tu es au courant de cette histoire’

Il frissonna. C’était lui, le meurtrier. Il regarda autour de lui. Rien.

‘La lettre chez David n’était pas de mon écriture. Tu as bien fait de ne pas t’en mêler plus que ça. Malheureusement, ça ne me suffit pas. Tu en sais trop et je ne peux pas me le permettre.’

Il fit tomber la lettre de ses mains.

 

Il leva les yeux et regarda sa maison au loin, il tourna son vélo dans l’autre sens et roula.

 

Jadd Hilal

Une expérience douloureuse

Colette attendait. Songeuse, elle regardait la nappe se faire malmener par la bise d’une matinée de fin d’octobre. Le café donnait sur un parc où le vent soufflait si fortement qu’il penchait tous les cyprès vers la droite. Quelques rares passants parcouraient la rue d’en face et la fixaient, étonnés de voir qu’une personne si âgée puisse rester dehors pendant une matinée aussi froide. Sur le pas de la porte d’entrée du café, le serveur parut également surpris de voir quelqu’un assis à la terrasse. Il ne sortit qu’après quelques minutes de béatitude.

« J’attends mon petit-fils, il est toujours en retard » lui indiqua t-elle en souriant.

Son visage resta figé. Il se retourna et entra dans le café.

 

Elle se pencha. Elle crut distinguer la silhouette de David s’approcher du fond de la rue. Elle le reconnut, comme à son habitude, il marchait la tête tournée vers le sol. Elle remarqua qu’il portait une écharpe. Elle s’en étonna. Elle ne l’avait jamais vu avec un tissu autour du cou, peu importe la météo. L’écharpe qu’il portait ne lui allait d’ailleurs pas du tout. Le motif était hideux et les carreaux vert foncé bordés par du jaune pâle lui donnaient un teint maladif.

Le reste de son apparence n’avait pas changé. Il portait toujours la même veste en cuir brun et les mêmes gants qu’elle lui avait tricoté un an plus tôt.

 

Elle lui sourit tandis qu’il levait les yeux du trottoir pour la chercher du regard. Elle lui fit signe de la main. Quand il se fut suffisamment approché, elle se leva et s’avança vers lui pour le serrer dans ses bras. Elle le vit alors reculer brutalement.

« Tu ne fais plus la bise à ta mamie ? demanda t-elle, chagrinée.

-Désolé mamie, j’ai attrapé un rhume, je veux pas te le donner.

-C’est pour ça que tu portes ton écharpe sur la bouche ? »

Il hocha de la tête. Il s’assit ensuite à la table et fit signe au serveur.

« Tu es pressé mon chéri ?

-Non, non, tout va bien ».

Elle comprit qu’il feignait. Elle fit semblant de ne pas y prêter attention.

« Un expresso s’il vous plaît, demanda le jeune homme au serveur.

-Et bien, et moi ?

-Il est pour toi mamie.

-Mais toi alors ? Tu ne veux rien ?

-Non, j’ai bu un café au laboratoire ».

Un silence suivit.

« C’est une nouvelle écharpe ? » demanda Colette.

Elle ne put dissimuler sa répulsion pour les couleurs.

« Tu m’aurais dit, je t’en aurais tricoté une plus…

-C’est un cadeau, interrompit David, elle est pas très belle à voir mais je dois la porter ».

Le serveur déposa la tasse de café.

« Juste pour un petit rhume ? »

Il ne répondit pas, il baissa les yeux et tapa nerveusement du pied sur le sol.

« Tu es sûr que tout va bien mon chéri ? demanda t-elle finalement.

-Oui oui Mamie tout va bien, c’est un peu la panique au travail c’est tout.

-Tu veux en parler ? »

Il parut hésiter.

-Non ça va aller, ne t’inquiète pas » dit-il enfin en souriant, cette fois-ci plus sincèrement.

 

Le serveur déposa la tasse de café sur la table. David voulut aussitôt demander l’addition. Il leva une main qu’il garda en l’air un moment. Colette remarqua qu’il tremblait beaucoup. Il regarda sa main, puis, il la baissa rapidement sous la table.

Un long silence suivit.

Elle essaya de le réconforter sans succès. Il s’était mis sur la défensive, évitant tout contact visuel. Son repli sur lui-même et son empressement lui donnèrent à penser que quelque chose de grave s’était produit. Elle s’efforça de ne rien laisser transparaitre. Elle songea que son petit-fils avait ses raisons. Pendant un long moment, ils n’échangèrent pas un mot. Elle se contenta de sourire calmement. David, lui, regardait ailleurs. Il jouait nerveusement avec l’addition. Après une dizaine de minutes, elle voulut tendre la main pour lui caresser l’avant bras. Aussitôt, elle le vit s’écarter brutalement. Il se leva très vite et commença à marcher à reculons de la table.

Elle l’observa, inquiète.

David regardait nerveusement partout. Après quelques pas, il ouvrit la bouche et lui dit d’une voix saccadée et hésitante :

« Désolé.

-Tout va bien mon chéri, repose-toi » répondit-elle aussitôt. Elle s’efforça de n’exprimer que de la douceur, de la compassion. Pour la première fois, il la regarda droit dans les yeux. Après quelques secondes, il se retourna et s’éloigna en courant.

 

Elle resta pensive. Elle se pencha sur sa gauche pour le voir parcourir la rue et le vit fondre dans le brouillard grisâtre. Son attention revint vaguement sur l’addition. Elle s’attrista du poids de travail subi par son petit-fils. Le pauvre était entièrement submergé. Il était méconnaissable. Son rythme de vie l’avait changé.

Pour la première fois, elle perdit un peu de son sang-froid. La souffrance de son David lui devint intolérable. Elle devait l’appeler, savoir ce qui s’était passé. Elle devait faire quelque chose, au moins pour le consoler. Elle se leva, puis, réalisant qu’elle n’avait pas payé, se rassit et prit l’addition dans les mains. Elle remarqua alors que le papier était humide.

La table était sèche et le temps, s’il était froid, n’était pas pluvieux. Elle ne comprenait donc pas pourquoi le bout de papier était moite. La seule source possible ne pouvant venir  que du contact d’une main, elle pensa au serveur. Rassurée, elle posa l’addition sur la table et commença à chercher de la monnaie dans la poche de son manteau.

Elle s’arrêta brutalement.

Il avait eu un problème au laboratoire.

Il portait une écharpe qui lui recouvrait la bouche.

Il tremblait.

Il transpirait.

 

Un mois plus tard, on grava deux épitaphes. L’une disait « Docteur David Shelley a donné sa vie pour le monde » et l’autre: « Madame Colette Shelley a donné sa vie pour son petit-fils »

 

Thomas Lanvin et Jadd Hilal