Un héros ordinaire

Le soir, Jorge raccompagna Angelina chez elle et l’embrassa sur le palier de la porte. Il insista pour entrer, sans succès. Elle lui promit un dîner le lendemain soir. Toute la nuit, il repensa à sa soirée avec elle. Le lendemain, au magasin, il espéra la voir entrer à chaque ouverture de porte. Et le soir venu, il rentra chez lui à pied et ne put s’empêcher de sourire. L’idée de dîner avec Angelina le satisfaisait.

Il s’arrêta brutalement.

Le dîner. Il n’avait pas assez d’argent pour le payer. Il avait tout dépensé dans la voiture. Il avait acheté de nouvelles jantes et avait refait l’intérieur. Il prit son téléphone et composa un numéro.

– Pourquoi tu appelles ? demanda une voix rauque.

– Je veux du travail.

– Ca marche pas comme ça, on t’appelle quand on a besoin, salut.

– Vous avez rien pour ce soir ?

– J’ai dit « salut ».

Il entendit le combiné s’éloigner.

– Je prendrai trois fois moins, il glissa.

Un silence suivit.

– Allo ? fit-il.

– Une demi-heure, banque LCL, Villeurbanne.

On raccrocha.

Il regarda sa montre, il était sept heures. Il était à quinze minutes de marche de son appartement. Il accéléra. Il arriva dix minutes plus tard en bas de son immeuble. Une fois à l’intérieur de sa voiture, il démarra et conduisit jusqu’au point de rendez-vous. Arrivé sur place, il éteignit ses phares, coupa le contact et roula en roue libre pour venir se garer près de la porte arrière de la banque. De là, il jeta un coup d’œil à sa montre.

Huit heures moins quatre, il lui restait sept minutes.

Il composa le numéro de la police pour orienter l’attention vers un endroit éloigné.

Dès qu’on décrocha, il fit mine d’être essouflé.

– Allo! Oui ! les voleurs sont au rez-de-chaussée, je les entends monter ! Vite ! Je suis au 44 avenue du maréchal de Foch, vite, les voilà.

Il s’apprêta à raccrocher quand il entendit :

– Jorge c’est toi ?

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